Gérald Darmanin, le Maire de Tourcoing, remet en cause l’organisation et la mise en place de la semaine de 4,5 jours en septembre prochain dans la presse.

Ajointe en charge de cette question dans le mandat précédent, je souhaite répondre, à la fois techniquement et politiquement à certaines affirmations.

 Poser la question par le biais d’un questionnaire 

Comme je l’avais déjà dit, un referendum n’est pas envisageable. Un pourcentage non négligeable de parents et d’enseignants n’habitent pas Tourcoing et ne pourraient donc pas répondre.

Reste que, seuls, les plus avertis répondent à ce genre de questionnaire ! Toujours les mêmes ! Alors que les plus éloignés des préoccupations scolaires, ceux que les enseignants se désespèrent de rencontrer, ceux qui auraient le plus besoin qu’on leur donne accès à des activités de qualité, ne sont pas ceux qui vont se précipiter pour répondre.Où est donc l'égalité entre les enfants ?

Que dire des parents, nombreux, qui ne remplissent déjà pas la simple feuille de réservation pour les repas de leur enfant à la cantine?  

Quand bien même, cela ne vaudra pas les multiples concertations, rencontres dans les écoles que nous avions conduites avec Michel-François Delannoy, nous avons rencontré des centaines de parents et d’enseignants…

Le résultat à ce questionnaire d’avance ?

1/3 ne veut pas des 4,5 jours, 1/3 veut le samedi, 1/3 veut le mercredi.

Et c’est bien rarement l’intérêt des enfants qui prévaut, nous avons entendu des choses navrantes lors de ces consultations : «je préfère le samedi parce que ça m’arrange », «si c’est le samedi, je ne mettrai pas mon fils à l’école »…

Je dois dire que la responsabilité des parents en tant qu’éducateurs pose parfois vraiment question.

Mercredi ou samedi? Ou pas du tout?

Et si la réponse au questionnaire est en priorité pour le samedi ? Admettons ! C’est une possibilité qui n’est, semble t-il, pas du tout étudiée.  

Mais alors pourquoi imaginer la possibilité de ne pas l’appliquer du tout et, parallèlement, ne pas envisager de rétablir le samedi plutôt que le mercredi ?

Après tout personne n’est d’accord sur l’intérêt du mercredi ou du samedi. Le samedi serait bien plus simple et moins coûteux

Que cela soit un décret et pas une loi n’est pas la question.

De plus, rétablir le samedi matin inciterait le privé à s’inscrire dans la démarche. Puisque c'est une inquiétude ...

Tant qu'à faire

 Allons plus loin : Tourcoing pourrait se saisir de l’opportunité offerte par Benoît Hamon en réduisant encore les heures de cours en semaine et rallonger l’année scolaire. Puisque Gérald Darmanin veut un Tourcoing courageux et républicain, ça, ce serait exemplaire puisque tout le monde constate que cette réforme ne va pas assez loin.

Déplacer 3 heures de cours en semaine n’est rien. Ce qu’il faut c’est raccourcir les vacances scolaires. Même des enseignants le réclament (pas beaucoup il est vrai). 2 mois de vacances en été c’est trop long. A défaut de l’appliquer sur tout le territoire français, pourquoi ne pas expérimenter à Tourcoing ?

 La question du coût

Oui cela a un coût, nous n’avons jamais prétendu le contraire. Question de priorité. Or, l’école est une compétence obligatoire ! Nous avons partagé avec Gérald Darmanin la priorité donnée à l’éducation lorsque nous avons tous voté Pégase, cela était un choix fort dans les priorités de la Ville.

La voirie, le pouvoir de police, les fonctions électorales, l’état civil, les sports et loisirs, les bibliothèques, musées, les CCAS, l’urbanisme, et … les écoles, voilà les compétences obligatoires des communes.

Gérer une ville c’est arbitrer entre les priorités, cela signifie aussi savoir renoncer et hiérarchiser les dépenses parmi ce qui n’est pas obligatoire. C’est pour cela que des gens sont élus : pour faire des choix. L’équilibre est fragile entre l’élu qui veut continuer à écouter ses concitoyens pendant toute la durée de son mandat et qui les consulte et le citoyen qui élit son représentant pour décider en son nom mais qui veut continuer à décider quand même. La démocratie participative a des limites. Consulter, oui, bien sûr, écouter, et surtout entendre ! Mais nous sommes élus pour prendre les décisions pour défendre l’intérêt général et non compiler la somme d’intérêts particuliers. Or les rythmes scolaires, parce qu’ils impactent les organisations familiales, sont révélateurs de la fragilité de l’équilibre entre l’intérêt général et intérêts particuliers.

Les enfants de Tourcoing défavorisés

 Quant à l’inégalité supposée entre des villes riches, comme Marcq en Baroeul ou Croix, et Tourcoing, c’est exactement le contraire qui arrive! Parce que la gratuité pour les parents, c'est aussi un choix politique!

Le projet tourquennois était, comme nous l’avions conçu, un projet d’une grande qualité apportant à tous les enfants de façon égale - car gratuite - une opportunité unique pour beaucoup d'enfants d’avoir accès à des activités épanouissantes qui les éveillent à la culture, le sport, les sciences, la philo…

Tout ce qui peut faire qu’un enfant qui ne donne plus sens aux enseignements scolaires peut retrouver l’envie d’apprendre par un autre biais. Les villes alentours, plus riches, font payer les parents car les temsp d'activités périscolaires ne seront pas gratuits, pour des activités moins enrichissantes.

Car le plus de Tourcoing par rapport à ces villes très favorisées, c’est Pégase, une stratégie éducative, une vraie réflexion sur ce que la Ville peut apporter aux enfants pour qu’ils grandissent, et leur donner une meilleure chance, à ces enfants qui ont une vie parfois pas facile.

Une bouffée d’oxygène, c’est ça qu’on leur offrait pendant 3 heures par semaine. Mais aussi l'opportunité de s'épanouir, d'apprendre.

A ce propos, je ne retrouve pas la proposition initiale de M Darmanin sur l'inscription des savoirs de base, lire écrire compter, dans les temps d'accueil périscolaires. Je maintiens que ceux ci sont fondamentaux, mais pas pendant ces temps-là, qui ne sont pas sur du temps scolaire. C'est le travail des enseignants que d'apprendre à lire et à écrire aux enfants, pendant l'école!