Cher Arnaud,

Voici donc que Manuels Valls a décidé de rompre le pacte qui vous liait après que ton soutien l'ait amené au poste de Premier ministre. Tout le monde le savait, vous êtes brillants tous les deux et, bien sûr, concurrents. 

Nous sommes nombreux à t'avoir suivi depuis... quoi? 2002? Sinon nous serions nombreux à avoir quitté ce parti. Bien sûr, nous sommes toujours socialistes dans notre coeur, mais ce parti, ce gouvernement nous a trop désespérés! 

Avril 2002? un accident! Le non au referendum? on s'assied dessus, de toute façon, comme l'UMP, on était pour! Les municipales ? Oups, on les a perdues! les Européennes? le FN est à 25%, d'abord c'est vrai qu'on fait tout pour...et, super! comme ça on se fera réélire en face à face vu que la droite part en quenouille! Les Régionales qui s'annoncent? on va perdre des régions mais comme on en a plein, ce n'est pas si grave. Des Députés se désolidarisent ? Bah, quand il faudra se faire réélire, ils reviendront! etc

Ces inconséquences répétées n'ont pu se produire que par la grâce de nombreux militants du PS, qui, s'ils avaient été moins naïfs, moins obsédés par l'unité artificielle d'un parti incapable de se retrouver une identité de gauche au XXIème siècle, auraient eu le courage de risquer la crise d'où aurait dû émerger un fonds idéologique moderne et solide. J'en veux pour preuve tous ces congrèsoù nous avons défendu le NPS, ou Rénover Maintenant, où de très nombreux militants nous affirmaient "Vous avez raison sur le fonds, mais il faut l'unité, la synthèse, le consensus Pas de divisions. Mais quelle horreur!"

Alors, Arnaud, je suis hors de moi quand j'entends cela encore aujourd'hui, maintenant que tu t'es "fait démissionner", ces interventions dégoulinantes de lieux communs, "Ciel, il a dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas!" Je ne côtois aucun élu, aucun électeur de gauche, à la Région ou ailleurs, qui s'annonce solidaire de la politique du gouvernement! Bien au contraire, mais ils se feraient tuer sur place plutôt que de l'avouer publiquement... ou lors d'un congrès.

Et cela sans jamais, JAMAIS aborder le fond du problème ! La politique d'austérité menée est un échec et ce sont les Français qui paient les pots cassés! Désespérés et furieux de n'avoir pas la politique de gauche qu'ils attendent, ils se tournent en masse vers un FN habile et avide.

J'aurais rêvé d'un Président qui se serait réveillé en se disant "c'est l'opportunité de changer de cap, de me montrer un grand homme d'Etat, puisque les preuves sont là que la politique que nous avons menée jusqu'à présent ne fonctionne pas."

Au lieu de ça, on entend qu'il faut aller plus vite! on dirait Sarkozy!

Qu'est ce que Manuel Valls espère à moyen terme en faisant cela? Marquer son autorité, bon!, ça c'est fait! Montrer que c'est lui qui dirige le pays et pas le Président? Bon, ça c'est fait aussi! Eliminer un concurrent? Arnaud, si tu veux vraiment laisser tomber, ça aussi ce sera fait. Quant à la situation de la France, et à la côte de popularité du gouvernement, ça craint !

En tout cas, je voulais te dire, mon cher Arnaud, que j'adhère à ce que tu dis, que je suis fière de t'avoir toujours suivi, même quand on n'avait plus rien. Comme après le congrès du Mans où tous, Emmanueli, Peillon, Hamon, t'avaient trahi pour des postes ou par tactique. Je reste fidèle à ce que j'ai toujours pensé. Non pas aveuglément, mais parce que je pense que tu as raison, tout simplement. Mais nous avons constaté, à de nombreuses reprises, qu'il est vain d'avoir raison avant les autres!

Je t'assure, en tout cas, de toute mon amitié et de ma fierté d'avoir été à tes côtés.